Risques, controverses et vaccinations

Problématique : 

De nombreux experts évoquent une crise de confiance du public à l’égard de la vaccination dans les pays occidentaux. Cette crise s’est traduite par la réduction de la couverture vaccinale (CV) de certains vaccins et l’interruption de certains programmes de vaccination : ceci a eu pour effet la résurgence d’épidémies de maladies qui n’étaient plus que rarement observées. La perception du risque de contracter une infection et de sa sévérité et celle de l’efficacité et de la sécurité du vaccin jouent des rôles centraux dans l’acceptation de la vaccination. Les médecins ont une influence sur les comportements de vaccination des patients. Mais l’avènement de l’Internet a modifié l’environnement de communication autour des vaccins : les mouvements critiques vis-à-vis de la vaccination, qui font de la sécurité et l’efficacité des vaccins un de leurs thèmes centraux, y fleurissent à nouveau. Cette crise de confiance dans la vaccination prend cependant des formes éminemment hétérogènes selon les vaccins, les groupes de population et les pays. L’hésitation vaccinale est un terme de plus en plus utilisé par différents auteurs pour désigner des comportements de refus de certains vaccins, de retard volontaire de vaccination ou même de vaccination mais avec des doutes sur son utilité et ses risques. L’hésitation vaccinale touche la population générale mais aussi les médecins, mais dans les deux cas elle reste encore mal appréhendée et quantifiée, faute d’instruments et de méthode de mesure standardisés et validés. Les mécanismes de dissémination des controverses vaccinales restent également relativement peu étudiés.

Objectifs : 

Ce programme de recherche vise trois principaux objectifs :

  1. se doter d’un cadre théorique, d’instruments et de méthodes de mesure pour appréhender et quantifier l’hésitation vaccinale dans la population générale française mais aussi pour en mieux comprendre les différents déterminants ;
  2. faire une démarche similaire auprès de diverses catégories de professionnels de santé pouvant jouer un rôle dans la vaccination de la population ; il s’agira aussi d’investiguer les interactions entre hésitation vaccinale des patients et celle des médecins ;
  3. étudier les dynamiques de diffusion des controverses vaccinales en France mais aussi dans d’autres pays, à la fois dans les médias, l’Internet, et les réseaux sociaux.
Méthodologie : 

Elle repose sur la réalisation d’approches qualitatives et quantitatives. Les premières sont mises en oeuvre notamment pour mieux comprendre les relations et interactions entre hésitation vaccinale chez les médecins et chez les patients ; les secondes reposent sur les données recueillies dans les baromètres santé réalisés par Santé Publique France et des enquêtes spécifiques réalisées auprès de diverses catégories de professionnels de santé (spécialistes hospitaliers, pédiatres de ville, infirmiers libéraux et salariés). Enfin, des données sont recueillies sur l’internet et certains réseaux sociaux.

État d'avancement : 

Le projet a débuté en fin d'année 2015. Une partie des travaux a porté sur les acteurs critiquant les vaccins, les moyens dont ils disposent pour diffuser leurs arguments et la façon dont les débats publics se structurent autour de la vaccination. Une cartographie de l'ensemble des acteurs impliqués dans la critique vaccinale en France aujourd’hui (ancrages politiques, culturels, degré de visibilité…) est achevée. Elle montre notamment que le "mouvement antivaccin" est extrêmement fragmenté et que les principaux acteurs des controverses contemporaines ne rejettent pas le principe de la vaccination mais se distancient des antivaccins stricto sensu. Les premiers bénéficient d’une visibilité médiatique tandis que les seconds sont jugés non crédibles par les journalistes et publiquement rejetés. Ce travail a permis de mener une réflexion sur le rôle d’internet dans l’émergence de l’hésitation vaccinale pour aller au-delà du sens commun centré sur les "militants antivaccins sur les réseaux sociaux". Plusieurs articles scientifiques ont été déjà soumis et acceptés, ainsi qu’une lettre dans la revue Science.