JIU-JITSU face à la désinformation à l'ère du Covid : utilisation de l'apprentissage basé sur la réfutation pour améliorer l'adoption des vaccins et les connaissances des professionnels de la santé et du public

Problématique : 

L'hésitation vaccinale est identifiée comme l'une des dix principales menaces pour la santé mondiale par l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui l'attribue en partie à la désinformation sur les vaccins. Une analyse récente des informations anti-vaccination circulant parmi les trois milliards d'utilisateurs de Facebook a abouti à la conclusion qu'en l'absence de toute intervention, les opinions anti-vaccination pourraient dominer les informations médicales réelles en ligne d'ici dix ans. En ce moment, la pandémie de COVID-19 n'a pas été maîtrisée, bien que plusieurs vaccins soient disponibles et utilisés depuis décembre 2020. La course scientifique à la découverte d'un vaccin s'est accompagnée d'une intensification de la désinformation. Or, dès le mois de mars 2020, les études transversales réalisées dans le cadre du projet Coconel, mené en collaboration avec l’ORS Provence-Alpes-Côte d’Azur, ont montré que 25 % du public français n'accepterait pas un tel futur vaccin, un taux qui s’est accru jusqu’à la fin de l’année 2020, puis a amorcé une légère décrue avec la campagne de vaccination. Au Royaume-Uni, l'hésitation à se faire vacciner contre la COVID-19 a été liée aux croyances conspirationnistes relatives à la pandémie.
L'OMS a également identifié les professionnels de la santé comme les conseillers les plus fiables et ceux qui influencent le plus les décisions de leurs patients en matière de vaccination. Bien que la plupart de ces professionnels soient parfaitement conscients de la nécessité d'un vaccin contre le COVID-19, un nombre croissant d’études dans le monde, et plus particulièrement en France, a montré l’existence d’une hésitation vis-à-vis de ces vaccins (par exemple, chez 25 % des médecins généralistes de ville en octobre-novembre 2020 mais aussi parmi le personnel hospitalier).

Objectifs : 

Le projet européen JITSUVAX s'appuie sur une catégorie d'interventions décrites comme la persuasion "jiu jitsu". Le jiu jitsu est un art martial qui utilise la force de l'adversaire contre lui, plutôt que de tenter de le prendre de front. De même, JITSUVAX cherche à transformer le pouvoir toxique de la désinformation en un atout potentiel en mettant en œuvre deux idées clés :
- Une façon d'acquérir des connaissances et de combattre les perceptions erronées est d'utiliser la désinformation elle-même, soit à des "doses" affaiblies, comme un "vaccin" cognitif avant l'exposition, soit par une analyse approfondie de la désinformation au cours d'un processus connu sous le nom d'apprentissage par la "réfutation".
- Les professionnels de la santé jouent un rôle central dans l'établissement et le maintien de la confiance du public, et dans la communication de l'innocuité et de l'efficacité des vaccins.
L’objectif principal de JITSUVAX est donc de former les professionnels de la santé par le biais d'une "inoculation psychologique" et d'un apprentissage de la réfutation de la désinformation vaccinale, afin de permettre aux professionnels de santé de communiquer plus efficacement avec les patients, et de neutraliser la désinformation lorsqu'ils y sont confrontés au cours des interactions avec les patients.

Méthodologie : 

Dans le cadre de ce projet, le rôle de l’ORS sera de coordonner la validation internationale d’un instrument de mesure de l’hésitation vaccinale parmi les professionnels de santé, le questionnaire Pro VH Be. Cette validation s’appuiera sur une première version d’un instrument développée en français par l’ORS, en collaboration avec les universités de Sherbrooke et Laval (Canada), au cours de 2020. Des données ont d’ores et déjà été recueillies auprès de près de 2 700 professionnels de santé, en France, en Belgique et au Québec et des analyses de validation de la version initiale, française, ont été réalisées. Cet instrument permettra, entre autres, d’évaluer les formations des professionnels de santé.

État d'avancement : 

Le projet a démarré officiellement le 1er avril 2021.