Personnes handicapées avançant en âge : regards économiques et sociaux

Problématique : 

L’espérance de vie, en France comme dans bon nombre de pays occidentaux, ne cesse de progresser. Cet allongement de la durée de vie a aussi profité à une majorité de personnes en situation de handicap, du fait notamment des progrès médicaux et des programmes de réhabilitation, de l’amélioration de la qualité de l’accompagnement ou encore d’une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des individus. Un nombre croissant de personnes vivra assez longtemps pour connaître les conséquences à la fois du vieillissement et du handicap. La conjugaison de ces deux phénomènes révèle la nature et la magnitude des défis à relever pour les sociétés, investies de la mission d’apporter des réponses adaptées aux besoins de prise en charge des personnes handicapées avançant en âge (PHAA).

Objectifs : 

Ce projet vise principalement à mieux décrire les populations handicapées avançant en âge et les personnes handicapées âgées, qu’elles vivent à domicile ou en institution. Il entend notamment mesurer les différences des effets de l’âge sur les personnes handicapées et celles sans handicap en soulignant, le cas échéant, les différences d’intensité dans la manifestation des restrictions dans la réalisation d’activités de la vie courante selon deux canaux : la comparaison entre personnes handicapées et PHAA d’une part, la comparaison entre PHAA et personnes âgées (PA) d’autre part. Il doit ainsi être envisageable de déterminer si les différences entre personnes avec et sans handicap s’accentuent, se maintiennent ou se réduisent au long du cycle de vie.

Méthodologie : 

Le projet s’appuie sur l’exploitation des enquêtes HSM (Handicap-Santé Ménages) et HSI (Handicap-Santé Institutions), qui ont porté en 2008 respectivement sur 30 000 et 10 000 personnes. Ces enquêtes présentent l’attrait de couvrir de façon homogène toute une population à tous les âges, notamment ceux permettant de caractériser le vieillissement. Le handicap est identifié sur la base de la déclaration et de la datation de déficiences par les personnes interrogées dans ces deux enquêtes.

État d'avancement : 

Les besoins d’aide déclarés sont plus fréquents chez les PA que parmi les PHAA. De même, les besoins sont moins souvent couverts parmi les PA (notamment plus fréquemment sous-satisfaits). Toutefois, ces deux résultats paraissent expliqués par des différences objectives entre les structures des deux populations de PA et de PHAA. En effet, à âge, sexe, niveau d’éducation, état de santé déclaré, environnement familial et lieu de vie équivalents, le fait d’être une PHAA (plutôt qu’une PA) est statistiquement et positivement associé à la présence de besoins d’aide pour les activités quotidiennes. Ce résultat semble robuste quelle que soit la méthode d’appariement utilisée (appariement exact ou sur le score de propension) et après réplication par bootstrap.
Concernant la satisfaction des besoins d’aide déclarés dans la réalisation des activités de la vie quotidienne (AVQ), aucune différence statistiquement significative ne paraît révélée malgré l’usage des mêmes stratégies d’appariement. Pour les activités instrumentales de la vie quotidienne (AIVQ) en revanche, après appariement sur l’âge, le sexe, l’environnement familial, le niveau d’éducation, la présence d’enfants et le lieu de vie, être une PHAA est positivement et significativement associé à la non/sous satisfaction des besoins d’aide rencontrés. Là encore, ce résultat semble robuste au regard des différentes méthodes et des réplications bootstrap effectuées.

Le projet est dans sa troisième année d’exécution et se terminera en octobre 2018. Cette année 2018 sera consacrée à la mise en évidence d’éventuelles différences entre les PHAA et les PA dans les ressources socio-économiques (revenus, statut sur le marché du travail, etc.) et les recours socio-familiaux (famille, amis, vie associative, participation sociale) susceptibles de contribuer à la compensation des processus de perte d’autonomie et/ou de handicap. En fonction de la puissance statistique que les jeux de données peuvent autoriser, des comparaisons entre domicile et institution seront réalisées, afin d’établir le rôle possiblement protecteur d’un environnement de vie comparativement à l’autre.