Aspects sciences sociales de la cohorte multicentrique de patients co-infectés par le VIH et le VHC (HEPAVIH)

Problématique : 

La co-infection par le virus de l’hépatite C (VHC) est une des principales causes de morbidité et de mortalité chez les patients infectés par le VIH dans les pays où ces patients ont accès aux multithérapies antirétrovirales. La prise en charge de la co-infection VIH-VHC est complexe, du fait notamment des interactions existant entre ces deux virus et entre leurs traitements, et des effets secondaires de ces traitements. Par ailleurs, une grande partie des patients co-infectés sont socialement vulnérables (usagers actuels ou passés de drogues par injection) et continuent à avoir un accès insuffisant au traitement du VHC. Enfin, l’efficacité à long terme de ce traitement est réduite en raison du risque non négligeable de réinfection après une clairance spontanée du virus ou une réponse virologique soutenue au traitement.

Objectifs : 

La cohorte HEPAVIH regroupe des patients co-infectés par le VIH et le VHC afin de mieux caractériser leur prise en charge et leur vécu d’une double séropositivité. Les données recueillies permettent d’identifier les facteurs socio-comportementaux qui sont associés à l’évolution clinique et la mortalité.

Méthodologie : 

1175 patients ont été inclus dans la cohorte entre octobre 2005 et décembre 2008, et ont accepté d’être suivis pendant 5 ans. Des données cliniques, démographiques et socio-comportementales sont recueillies à l’inclusion et tout au long du suivi. Les données socio-comportementales sont obtenues par le biais d’auto-questionnaires (situation affective et sociale, consommation de drogues et de médicaments, perception de la prise en charge du VHC, qualité de vie, observance aux traitements, symptômes dépressifs). Pour les patients initiant un traitement anti-VHC, un auto-questionnaire supplémentaire est proposé à l’initiation, en cours et en fin de traitement afin de mesurer l’observance aux traitements et la qualité de vie en cours de traitement anti-VHC.

État d'avancement : 

2017 a permis la valorisation des données de la cohorte avec la publication d'un nombre important d’articles scientifiques dans des revues hautement impactées (Journal of Hepatology, Clinical infectious diseases, Journal of viral hepatitis…). Nous avons pu mettre en évidence l’effet bénéfique d'une consommation élevée de café (≥ 3 tasses par jour) sur la fibrose hépatique mais aussi sur la mortalité. Nous avons également observé une réduction significative de la consommation d’alcool (à la fois consommation élevée et binge drinking) après guérison du VHC, sans que cette diminution ne soit amorcée avant traitement. Les données de la cohorte ont également permis de mettre en évidence une augmentation du risque de surpoids et d’obésité après la guérison de l’hépatite C. Nous avons montré par ailleurs que pour les patients ayant une consommation d’alcool élevée (selon les seuils standards de l’AUDIT-C), une consommation élevée de café permettait de réduire les effets délétères de l’alcool sur la fibrose hépatique chez ces patients. Nous avons également travaillé sur l’impact clinique de la consommation de cannabis chez les patients co-infectés VIH-VHC. Nous avons montré que la consommation quotidienne de cannabis chez ces patients était associée à un moindre risque de stéatose hépatique. En revanche, nous n’avons pas mis en évidence dans cette population d’association statistiquement significative entre consommation de cannabis et taux ou pourcentage de cellules T-CD4, qui constituent des marqueurs cliniques clés dans le contexte de l’infection par le VIH. Enfin, nos analyses ont permis d’établir un lien entre les difficultés de gestion de la colère et une altération de la qualité de vie chez les patients co-infectés (lien déjà démontré dans le contexte d’autres pathologies, notamment le cancer et la sclérose en plaques), et ce indépendamment de la fatigue et des symptômes dépressifs qui affectent un grand nombre de patients co-infectés et constituent des déterminants majeurs de la qualité de vie dans cette population.

Une enquête transversale sur les comportements à risque pour la santé emboîtée dans la cohorte est prévue comme point final du suivi socio-comportemental des patients HEPAVIH ; elle devrait démarrer au cours du premier trimestre 2018.