Aspects sciences sociales de la cohorte multicentrique de patients co-infectés par le VIH et le VHC (HEPAVIH)

Problématique : 

La co-infection par le virus de l’hépatite C (VHC) est une des principales causes de morbidité et de mortalité chez les patients infectés par le VIH dans les pays où ces patients ont accès aux multithérapies antirétrovirales. La prise en charge de la co-infection VIH-VHC est complexe, du fait notamment des interactions existant entre ces deux virus et entre leurs traitements, et des effets secondaires de ces traitements. Par ailleurs, une grande partie des patients co-infectés est socialement vulnérable (usagers actuels ou passés de drogues par injection) et continue à avoir un accès insuffisant au traitement du VHC. Enfin, l’efficacité à long terme de ce traitement est réduite en raison du risque non négligeable de réinfection après une clairance spontanée du virus ou une réponse virologique soutenue au traitement.

Objectifs : 

La cohorte HEPAVIH regroupe des patients co-infectés par le VIH et le VHC afin de mieux caractériser leur prise en charge et leur vécu d’une double séropositivité. Les données recueillies permettent d’identifier les facteurs socio-comportementaux qui sont associés à l’évolution clinique et à la mortalité.

Méthodologie : 

1859 patients ont été inclus dans la cohorte entre octobre 2005 et mars 2016 dans 29 centres cliniques de France métropolitaine (3 phases d’inclusion distinctes). Des données cliniques, démographiques et socio-comportementales sont recueillies à l’inclusion et tout au long du suivi. Les données socio-comportementales (situation affective et sociale, consommation de drogues et de médicaments, perception de la prise en charge du VHC, qualité de vie, observance aux traitements, symptômes dépressifs, etc.) sont collectées à l’aide de questionnaires auto-administrés.

État d'avancement : 

2018 a permis la valorisation des données de la cohorte avec la publication d'un nombre important d’articles scientifiques dans des revues cliniques hautement impactées traitant de différents domaines (Journal of Hepatology, Nutrients, PLoS One, Clinical infectious diseases, Journal of viral hepatitis, etc.). Nous avons pu mettre en évidence une évolution du profil socio-comportemental des patients co-infectés VIH-VHC initiant un traitement de l’hépatite C en France, concomitante avec l’évolution des traitements anti-VHC (moins de consommateurs de produits psychoactifs et de personnes ayant un logement instable traitées à l’ère des antiviraux à action directe). Ceci rend compte de l’évolution récente de la file active des patients co-infectés éligibles au traitement anti-VHC en France. L’analyse des données de la cohorte a également montré qu’une consommation élevée de café (3 tasses par jour et plus) diminuait le risque de fibrose hépatique avancée et la mortalité chez les patients co-infectés. De façon intéressante, cet effet bénéfique du café a également été observé chez les individus présentant un haut risque de fibrose hépatique avancée notamment les consommateurs d’alcool et ce, quel que soit le niveau de leur consommation. Les différentes analyses menées ont aussi mis en évidence une relation dose-dépendante entre la consommation de cacao et la réduction du risque de fibrose hépatique avancée chez les patients co-infectés VIH-VHC. Nous avons également travaillé sur l’impact clinique de la consommation de cannabis chez les patients co-infectés VIH-VHC. Nous avons montré que la consommation quotidienne de cannabis chez ces patients était associée à un moindre risque de stéatose hépatique mais n’était pas significativement associée au risque de fibrose hépatique avancée. Des analyses sont en cours sur les sujets suivants: Symptômes avant/après traitement par AAD (analyse descriptive et facteurs associés), Qualité de vie et fatigue ressentie avant/après traitement par AAD (analyse descriptive et facteurs associés), Impact de la stéatose hépatique sur la mortalité chez les patients co-infectés VIH-VHC.
Par ailleurs, une enquête transversale sur les comportements à risque pour la santé emboîtée dans la cohorte dont la fin de la collecte est prévue au premier semestre 2019 permet de documenter le suivi socio-comportemental des patients HEPAVIH à long terme. L’année 2019 sera ainsi également consacrée à l’analyse des données de l’enquête transversale (devenir à long terme des patients co-infectés VIH-VHC, sur le plan de la qualité de vie, des comportements et des symptômes ressentis eg fatigue, symptômes dépressifs).