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Acceptabilité d’une intervention éducative visant à promouvoir l’utilisation d’une solution hydroalcoolique pour le lavage des mains des personnes qui injectent des drogues

Problématique : 

Les personnes qui injectent des drogues (PQID) font face à de nombreux risques infectieux liés au manque d’hygiène et d’asepsie, notamment des infections de la peau et des tissus mous (IPTM) bactériennes ou fongiques. L’hygiène des mains est une étape cruciale pour la réalisation d’une injection à moindre risque comme le montre l’association mise en évidence lors de précédentes études entre le manque d’hygiène des mains et l’occurrence des IPTM chez les PQID. La méthode de friction des mains à l’aide de solutions hydroalcooliques (SHA) a été largement évaluée en milieu de soins, montrant un impact positif sur la compliance au lavage des mains et la réduction des infections associées aux soins. De plus, chez certains usagers, le manque d’accès à l’eau et au savon est rapporté comme obstacle principal à la réalisation du lavage des mains. Ces résultats suggèrent que la mise à disposition de SHA comme outil de réduction des risques et des dommages pourrait être efficace pour améliorer les pratiques d’hygiène des mains chez les PQID.

Objectifs : 

L’objectif principal de ce projet est d’évaluer l’acceptabilité d’une SHA en conditionnement monodose accompagné d’une intervention éducative brève chez les PQID.

Méthodologie : 

Pour répondre aux objectifs du projet, la méthodologie reposera sur des méthodes mixtes, quantitatives et qualitatives.
Concernant le volet quantitatif, l’étude consistera en un suivi de 6 semaines de 60 usagers injecteurs auxquels sera proposée l’intervention éducative et la distribution de SHA. Les usagers qui accepteront de participer seront interrogés par questionnaires administrés en face-à-face à l’inclusion (S0), S2 et S6.
Concernant le volet qualitatif, l’étude consistera en la réalisation d'un ou plusieurs focus groupes à la fin de l’étude avec des participants volontaires afin d’affiner les perceptions des usagers vis-à-vis de l’intervention.
La population d’étude sera composée d’usagers de drogues par voie intraveineuse recrutés dans des Centres d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD) et/ou via des associations communautaires. Les intervenants qui délivreront l’intervention éducative seront des acteurs de terrain (pairs éducateurs, travailleurs sociaux, ou professionnels de santé) qui seront formés à l’intervention et qui la proposeront aux participants de l’étude.

État d'avancement : 

Le recrutement et le suivi des participants ont eu lieu entre février 2019 et janvier 2020 dans tous les centres. Au total, 59 participants ont été inclus dont 48 (81%) ont effectué la première visite de suivi et 43 (73%) la seconde. Dix PQID ont participé à des entretiens collectifs après le deuxième suivi. L’analyse des données collectées a montré une satisfaction générale élevée vis-à-vis de l’intervention. Plus de la moitié des participants a adopté la SHA comme principal produit utilisé pour le lavage des mains (50% et 61% aux suivis 1 et 2, respectivement). La fréquence du lavage des mains était significativement améliorée aux deux suivis comparé à l’inclusion. La sécurité du produit est apparue comme bonne avec une fréquence faible des effets indésirables cutanés et aucun effet indésirable grave recueilli au cours du suivi. Les entretiens collectifs ont permis d’identifier les facteurs favorables à l’intervention : l’ergonomie du conditionnement, l’utilité du produit en cas de difficulté d’accès à l’eau et la bonne tolérance cutanée. Parmi les obstacles, la persistance d’habitudes, l’urgence de la consommation et la technique de friction apparaissaient comme facteurs limitant la bonne utilisation du produit.