COronavirus et CONfinement : Enquête Longitudinale

Problématique : 

L’analyse des crises sanitaires de ces dernières décennies montre qu’elles sont aussi des crises sociales, économiques et politiques. Ces crises sont alimentées par les incertitudes sur la gravité réelle du risque, les conséquences sanitaires à craindre, la durée de la crise, ou encore les réactions de la population. Les réactions du public constituent en effet une inconnue majeure de la gestion de crise, puisque les mesures mises en place par les autorités nécessitent généralement l’adhésion active de la population. Cette adhésion devient cruciale lorsque la crise s’étend dans le temps, et que les mesures exceptionnelles et contraignantes mises en place s’inscrivent dans la durée.

Objectifs : 

En pleine crise sanitaire mondiale due à l’épidémie de COVID19 et dans le contexte français de confinement, notre projet propose d’analyser les réactions de la population française aux décisions publiques de confinement (conditions de vie et santé ; activités quotidiennes y compris recherches d’information ; perceptions du risque ; opinions et attitudes à l’égard de l’épidémie, de sa gestion, de ses acteurs ; impact du confinement sur la santé mentale…). Il s’agira d’étudier ces aspects en s’intéressant à leur différenciation sociale d’une part, et à leur dynamique temporelle d’autre part.
A court terme, il s’agira de produire rapidement des données permettant de décrire et comprendre la situation, via des notes de synthèse largement diffusées auprès des décideurs et des médias. Sur le moyen terme, il s’agira de produire des analyses approfondies via des publications académiques. Mieux connaître et comprendre les réactions du public en situation de crise sanitaire constitue un enjeu scientifique majeur pour les chercheurs impliqués dans ce projet, en particulier du point de vue de l’hétérogénéité sociale de ces réactions, et de leurs évolutions dans le temps.

Méthodologie : 

Notre projet prévoit un dispositif d’enquêtes continu, souple et réactif. Puisqu’un recueil en face-à-face ou même par téléphone est impossible (les plate-forme d'enquêtes téléphoniques sont fermées), une collecte de données en ligne est prévue, via le panel de l’IFOP (qui comprend une base de sondage de 750 000 ménages). La technique du "rolling poll" permettra une collecte en quasi continu (par semaine, 2 vagues d’enquête prévues de 500 à 1.000 personnes chacune). Pour chaque vague d’enquête, le questionnaire prévu (20 à 30 minutes d’administration) comportera une partie fixe pour permettre un suivi longitudinal des connaissances, croyances attitudes et comportements de la population.

État d'avancement : 

De mars à juin 2020, neuf vagues d’enquête ont été réalisées auprès d’un total de 13 000 personnes. Onze notes de synthèse ont été rédigées et diffusées (www.orspaca.org/covid19/projets-recherche/coconel). Douze articles ont déjà été publiés ou acceptés dans des revues scientifiques à comité de lecture, plusieurs autres sont soumis ou en révision, un ouvrage de synthèse est achevé et soumis à un éditeur.
Les résultats de Coconel montrent d’abord que le confinement a considérablement impacté les conditions de vie de la population, en accroissant les inégalités : inégalités sociales, inégalités de genre, inégalités générationnelles. Pourtant, le confinement a fait l’objet d’un consensus au sein de la population, consensus socialement différencié, critiqué, en déclin en fin de confinement, mais consensus tout de même. Dans le même temps, à la fin du confinement, la majorité de la population n’avait eu aucun contact, même indirect avec l’épidémie : aucun cas dans le foyer, ni parmi les amis ou la famille en dehors du foyer. Le consensus précédemment évoqué peut s’expliquer par la prégnance de l’épidémie dans les médias, auxquels la population confinée a eu énormément recours pour s’informer. En outre, on observe aussi un impact majeur de la crise sur la santé mentale de la population (problèmes de sommeils, anxiété, dépression, mais aussi stress post-traumatique). Cet impact est socialement différencié (il contribue donc à l’accroissement des inégalités sociales de santé), et il dépend non seulement des conditions de vie pendant le confinement, mais aussi de l’exposition aux informations des médias sur l’épidémie.